L'AVENIR DU NUCLEAIRE
L'énergie nucléaire
Promise à un avenir brillant au lendemain de la crise pétrolière des années 1970, l'énergie nucléaire semble ne plus intéresser qu'un nombre de plus en plus restreint de pays, en raison de ses dangers potentiels, révélés par quelques catastrophes (Three Mile Islands aux États-Unis). Aussi les programmes de construction de nouvelles centrales nucléaires enregistrent-ils un très net recul, qui se traduit par le gel des programmes d'investissement depuis le milieu des années 1980 (à l'exception notable de la France et de plusieurs pays asiatiques : Japon, Inde, Chine, Taiwan, Corée du Sud ou Pakistan), voire par l'annulation définitive de certains programmes. Le nombre de centrales nucléaires en cours de désactivation était ainsi en 1996 supérieur à celui des centrales en cours de construction. Parmi les pays concernés figurent les États-Unis et le Canada, et surtout les pays de l'Europe de l'Est (Russieincluse), où le parc nucléaire est ancien et très dégradé, certaines tranches présentant même un danger écologique évident, en raison d'une mauvaise conception et d'un entretien insuffisant. Néanmoins, 431 tranches restaient en activité dans une trentaine de pays en 1994, pour une puissance installée de 348 000 mégawatts, dont 29,6 % pour les États-Unis (110 tranches), 17,3 % pour la France (57 tranches sur 17 sites différents), 11,1 % pour le Japon (48 tranches) et 10,2 % pour la CEI (46 tranches).
Dans l'avenir, rien ne s'oppose, en revanche, au développement de l'énergie nucléaire de fission, à un rythme actuellement difficile à prévoir en raison de la contradiction, entretenue dans les opinions publiques de nombreux États, entre la nécessité de diminuer l'effet de serre et la permanente diabolisation de l'énergie nucléaire civile. Cette tendance commence toutefois à s'inverser. Si la France a, la première, décidé de privilégier le nucléaire (75 % de sa production électrique en 1996), elle est suivie par des pays de plus en plus nombreux parmi lesquels la Suède (52 % de sa production d'électricité), pays si sensible aux problèmes de , et surtout le Japon, qui construit maintenant des centrales nucléaires au rythme le plus élevé du monde (25 % de sa production totale en 1996). Même si cette tendance s'inverse complètement, l'énergie de fission, sous sa forme actuelle, sera disponible au moins jusqu'en 2050.
L'avenir du nucléaire au-delà de 2050 est particulièrement incertain pour des raisons techniques. Le relais souhaitable de l'énergie de fission des éléments lourds devrait être assuré par l'énergie de fusion des éléments légers (hydrogène, deutérium, tritium, hélium) et, plus particulièrement, par la réaction de fusion du deutérium et du tritium. Mais, malgré des travaux incessants sur des prototypes de recherches très élaborés, il s'avère difficile de confiner les fluides réagissant à une température voisine de 100 millions de °C, et les espoirs évoqués en 1989 de réaliser une fusion froide (à la température ambiante) à l'intérieur des électrodes d'une cuve d'électrolyse d'eau lourde ne semblent pas se confirmer. Si ces difficultés n'ont pas été surmontées à temps, une autre possibilité est de construire un nouveau type de réacteur de fission, appelé surgénérateur, ou réacteur à neutrons rapides. Ces réacteurs provoqueront la fission du plutonium, produit dans les réacteurs actuels de fission au sein du combustible irradié, et séparé dans les usines de retraitement. Mais ils auront la capacité, en irradiant une charge inactive d'uranium appauvri (uranium 238 non fissile), qui est également un sous-produit des usines d'enrichissement et des usines de retraitement, de fabriquer plus de plutonium qu'ils n'en consomment. Un tel processus multiplierait par un facteur d'au moins cinquante la quantité totale d'énergie productible à partir de la totalité de l'uranium naturel extrait avant son épuisement. Divers prototypes de surgénérateurs existent déjà ; la France est la seule à en posséder un en vraie grandeur, qui est constitué par l'unité dite Superphénix.
Source : Le Journal du CNRS (13/05/2006)
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